Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.
Le Xxxiiie Pseaume
Benedicam Dominum in omni tempore, etc.
Quelque sujet de tristesse ou de joyeQui m’arrive journellement,En tout temps, en tout lieu, je veux égalementRemercier celuy qui me l’envoye.
Je n’auray point de passion plus forteQue de faire connoistre à tousQu’il n’est rien de plus grand, qu’il n’est rien de plus doux,Que l’amitié que le Seigneur nous porte.
Donc aux autels nos voix et nos pensées,S’élevant avecque nos feux,Rendent grace au pouvoir qui, propice à nos vœux,A soulagé nos miseres passées.
Son seul objet rend nostre ame pourveuëDe paix, de graces et d’appas ;Sa divine splendeur nous éclaire icy bas,Et n’a jamais éblouy nostre veuë.
Le malheureux que les destins contrairesAccompagnoient dés en naissant,Si-tost qu’il eut recours au Seigneur tout-puissant,Seicha ses pleurs et finit ses miseres.
Quand nous mettons en Dieu nostre esperance,L’ange qui nous suit pas à pas,En éloignant de nous le trouble des combats,Nous rend par tout la joye et l’assurance.
Si vous doutez, ames foibles et basses,Des merveilles de son pouvoir,L’histoire de mes jours vous fait-elle pas voirSon équité, sa grandeur et ses graces ?
Des plus prudens l’ame juste et parfaiteDoit craindre ses bras tout-puissans :Par eux les plus grands rois et les plus florissansPeuvent tomber en extréme disette.
Ces insolens, ces riches, dont l’audace,Comme des lions devorans,Opprimoit dans Sion les petits et les grands,Sont effroyez à sa seule menace.
Mes chers enfans, que l’amour et la crainteDonnent vos cœurs au Roy des rois ;Nous pouvons sur la terre, en observant ses loix,Faire une vie aussi douce que sainte.
Ne vomissons aucune calomnieContre la juste autorité ;Haïssons le mensonge, aimons la verité,Et maintenons la paix sans tyrannie.
D’un œil benin sa clémence regardeL’homme à ses loix obéissant ;Son oreille attentive au cry de l’innocentOit ses soupirs et le prend en sa garde.
Mais quand du ciel sa justice profondeSur les méchans jette les yeux,Elle veut que leur nom à jamais odieuxSoit effacé du souvenir du monde
Des gens de bien il reçoit les victimes,Il Tes secoure en leur besoin ;Et des plus grands pecheurs sa bonté prend le soinLorsque leur cœur est contrit de leurs crimes.
Si les eleus vivent dans la souffrance,Ce n’est que pour faire admirerCeluy dont la bonté les en peut retirerQuand ils auront exercé leur constance.
De ces martyrs qui nous servent d’exemplesLes os dans les gesnes brisez,Sous les perles et l’or en triomphe exposez,Seront un jour l’ornement de nos temples.
Mais les mechans dans la flame eternelle,Où rien ne les peut secourir,Brulent sans consumer, et sans pouvoir mourirMourra sans fin leur ame criminelle.
Ceux dont ils font le but de leur envie,Ces dignes enfans du Seigneur,Verront à leur merite egaler leur bonheur,Et dans la mort retrouveront la vie.
72 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources