Œuvres complètes, 1625‑1660· Sonnets
Epitaphe
De feue Dame Louise de Bueil, abbesse de Bonlieu.
Celle de qui ce marbre est le dernier sejourDe la bonté du ciel avoit eu tant de graceQue, ne pouvant gouster aucune chose basse,Elle estima Dieu seul digne de son amour.
Pendant qu’elle a joui de la clarté du jour,De ce parfait amant elle a suivy la trace,Et toutesfois ses ans ont borné leur espaceQue huit lustres entiers n’avoient pas fait leur tour.
Ne sois point estonné, toy qui plaints ce dommage,Si Dieu, qui fut l’autheur d’un si parfait ouvrage,A permis que la Mort l’ait si-tost abatu.
Croy que c’est un effet de sa bonté profondeDe n’avoir point souffert qu’une telle vertuEndurast plus long-temps les miseres du monde.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources