Œuvres complètes, 1625‑1660· Odes diverses
« Philis, vous avez beau jurer »
Philis, vous avez beau jurer,Quand vous protestez d’ignorerLe desir dont amour nous touche ;Les yeux, que vous avez si doux,Démentant vostre belle bouche,Seront plus croyables que vous.
Vous sentez tout ce que je sens ;Vos discours les plus innocensSont pleins de ruse et d’artifice.Je ne croy plus à vostre foy,Je connois trop vostre malice :Vous n’estes enfant que pour moy.
Ce tiran si craint dans les cieux,Ce petit dieu qui dans vos yeuxFait tous les jours sa residence,Quand mesme il y tend ses apas,Vous jurez avec impudenceQue vous ne le connoissez pas.
Pour en parler sans passion,Vous ne sçauriez faire actionD’une ingratitude plus noireQue lors que vous nous tesmoignezD’ignorer le nom et la gloireDe celuy par qui vous regnez.
Mettez-vous en vostre devoir ;N’attendez pas que son pouvoirVous contraigne à le reconnoistre,Et n’estimez point odieuxD’estre sous l’empire d’un maistreQui nous rend compagnons des dieux.
30 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources