Œuvres complètes, 1625‑1660· Stances
Stances
Que mon sort est ambitieuxDe vouloir terminer ma vieDe la plus belle fin et plus digne d’envieDont jamais un mortel soit monté dans les cieux !
Celle à qui j’ay donné ma foyForce tout à lui rendre hommage.Si c’est idolatrer d’adorer son image,Le ciel est idolatre aussi bien comme moy.
Aux piés de sa divinitéToutes offrandes sont petites,Et faut que l’on confesse, en voyant ses merites,Que rien n’est digne d’eux que ma fidelité.
Aussi j’ay l’esprit si contentDe la gloire qui m’est offerteQue, si quelqu’un vouloit s’opposer à ma perte,Je le croirais jaloux de l’honneur qui m’attend.
Cherche qui voudra le trespasDans une meslée homicide,Où l’heur d’estre blessé d’un Mars ou d’un AlcideFait que mesme en la mort on trouve des appas.
Puis-je en la guerre ou dans la courFaire une fin si glorieuse ?Je meurs par une main la plus victorieuseQui jamais tint le sceptre en l’empire d’Amour.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources