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Les jeux rustiques et divins, 1897· La corbeille des heures

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Henri de Régnier· terza rima classique, alexandrins, 46 vers

Le flot bleu qui se rue‖ et se cabre à la côteT’apporta, blanche et nue,‖ en ses écumes d’orSur la plage saline‖ où gronde la mer haute.

Tes beaux doigts ont saisi‖ les crinières que tordLe vent marin au col‖ des lames dont la boucheA bavé hennissante‖ au roc dur qu’elle mord.

Fille du flot profond‖ et de la mer farouche,Te voici écumeuse‖ et debout et riantAu monstre paternel‖ qui devant toi se couche.

L’aube pour t’accueillir‖ se lève à l’orient ;La terre en fleurs tressaille‖ et hausse ses corollesJusqu’à ta jeune main‖ qui passe en les pliant ;

La branche te caresse‖ et te touche l’épaule,Le caillou se détourne‖ et roule sous tes pas,Et l’écho t’accompagne‖ et la brise te frôle.

Le Printemps t’a fêtée,‖ ô Divine ! et, là-bas,L’Été silencieux‖ vers qui tu marches nueEntr’ouvre sa paupière‖ et lève ses yeux las.

Toute la plaine est d’or‖ de t’avoir reconnue ;La houle des blés mûrs‖ s’enfle et déferle au ventEt la source est joyeuse‖ où ta beauté s’est vue.

Le flexible lierre‖ et le pampre sanglant,Les plantes de la mer,‖ du fleuve et de la plaineS’entrelacent autour‖ de ton thyrse indolent.

L’heure semble attentive‖ à ta grâce sereine ;Pose ton pied charmant‖ sur les mousses, et faisDe ta coupe perler‖ l’onde de la fontaine.

Ton geste gracieux‖ l’épanche au gazon frais.Reste ainsi. Le soleil‖ en sa gloire fleurieTe sculpte une chair d’or‖ dans un marbre de paix.

Mais regarde, là-bas,‖ venir sur la prairieLe Crépuscule lent‖ et l’Automne qui tientSon sceptre rouge où pend‖ une grappe meurtrie.

L’un et l’autre, à leur tour,‖ te prendront par la main ;Ils savent les sentiers‖ de la forêt fataleOù tes pieds saigneront‖ aux ronces du chemin.

Les fleurs que tu cueillis,‖ pétale par pétale,S’effeuilleront alors‖ au thyrse dévasté,Et la pluie et la brume‖ autour de ta chair pâle,

Haletante au vent dur‖ qui gerce ta beauté,Tisseront lentement‖ leurs voiles où frissonneLe spectre de ta joie‖ et de ta nudité.

Toi qui fus le Printemps‖ que l’Été d’or couronne,Tu n’es qu’une ombre errante‖ écoutant, à traversLes arbres nus, hennir‖ au Temps qui les talonne

L’âpre déferlement‖ des chevaux de la Mer.

Versification

Forme
Terza rima classique (terza rima)
Rimes
15(aba) b
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a côte / haute féminine, classiqueb d’or / tord / mord masculine, non classiqueb bouche / farouche / couche féminine, classiqueb riant / l’orient / pliant masculine, classiqueb corolles / l’épaule / frôle féminine, classiqueb pas / là-bas / las masculine, classiqueb nue / reconnue / vue féminine, équivalenteb vent / sanglant / indolent masculine, classiqueb plaine / sereine / fontaine féminine, classiqueb fais / frais / paix masculine, classiqueb fleurie / prairie / meurtrie féminine, classiqueb tient / main / chemin masculine, classiqueb fatale / pétale / pâle féminine, classiqueb dévasté / beauté / nudité masculine, classiqueb frissonne / couronne / talonne féminine, classiqueb travers / Mer masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.7

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

46 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jeux rustiques et divins, Mercure de France, Paris, 1897· numérisation poesies.net· Sources