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un seul est le mot juste.

Les jeux rustiques et divins, 1897· La corbeille des heures

Les Corbeilles

Henri de Régnier· terza rima classique, alexandrins, 49 vers

Tresse l’osier au saule‖ et le brin à la branche ;Écoute l’eau qui fuit‖ où le Temps s’est miréEt fixe l’anse verte‖ à la corbeille blanche.

C’est le soir. L’ombre est douce‖ au sommeil étiréDe celui qui s’endort‖ paisible dans la joieD’avoir vécu son jour‖ et d’avoir espéré.

Avec l’osier flexible‖ et le saule qui ploieIl a fait en chantant‖ de l’aurore à la nuitUne corbeille ronde‖ où les Heures qu’envoie

L’insatiable Hier‖ au-devant d’Aujourd’hui,Une à une, pieds nus‖ dans l’herbe qui les frôle,Apporteront les fleurs‖ qu’elles cueillent pour lui.

L’osier rit dans le vent‖ où s’argente le sauleEt les Heures sont là‖ qui, la main dans la main,Le regardent dormir,‖ épaule contre épaule.

Puis viendra le réveil‖ et le nouveau matin ;L’été mystérieux‖ au printemps qui l’appelleMêlera sa voix grave‖ à son rire incertain ;

Enfant, tu tresseras‖ la guirlande nouvelle !Et comme l’orgueil clair‖ dirigera tes doigtsTu poliras l’argent‖ que le marteau cisèle ;

Las de l’osier et las‖ du saule et las de toi,Tu voudras au métal‖ qui pèse et qui résisteEntrelacer les fleurs‖ de les jours d’autrefois.

Les Heures reviendront‖ lasses et déjà tristesEt joignant à leurs mains‖ où leur geste les tordL’opale soucieuse‖ et la pâle améthyste.

Elles, qui de leurs fleurs‖ paraient l’enfant qui dort,Invisibles jadis‖ et faites de tes songesT’apportent les fruits faux‖ à qui ta bouche mord ;

Tu verras s’entasser‖ dans l’argent qu’elle ronge,Avec la poire acide‖ et l’acide citron,La grappe sans douceur‖ dont la pourpre est mensonge,

Puis les saules d’argent,‖ en pleurs, s’effeuilleront,L’osier au bord de l’eau‖ gémira dans la vase,Et les oiseaux d’exil‖ au ciel gris passeront.

Et toi, pour évoquer‖ ton ancienne extaseEt les soleils décrus‖ par delà l’hiver mort,Tu voudras, près de l’âtre‖ où le sarment s’embrase,

Forger avec tes mains‖ une corbeille d’or ;Tu la feras plus vaste‖ et la feras plus belleQue celle d’argent même‖ et d’osier, et, encor

Les Heures reviendront‖ vers toi qui les appelles,Une à une, à pas lents,‖ en silence et toujours,Cortège que ta vie‖ eut sans cesse auprès d’elle,

Les Heures de tristesse‖ et les Heures d’amourEt celles qui jadis‖ jusqu’à toi sont venuesY reviendront verser‖ la cendre de tes jours…

Tu fermeras les yeux,‖ car elles seront nues.

Versification

Forme
Terza rima classique (terza rima)
Rimes
16(aba) b
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a branche / blanche féminine, classiqueb miré / étiré / espéré masculine, classiqueb joie / ploie / qu’envoie féminine, classiqueb nuit / d’Aujourd’hui / lui masculine, classiqueb frôle / saule / épaule féminine, non classiqueb main / matin / incertain masculine, classiqueb l’appelle / nouvelle / cisèle féminine, classiqueb doigts / toi / d’autrefois masculine, classiqueb résiste / tristes / améthyste féminine, classiqueb tord / dort / mord masculine, classiqueb songes / ronge / mensonge féminine, classiqueb citron / s’effeuilleront / passeront masculine, classiqueb vase / extase / s’embrase féminine, non classiqueb mort / d’or / encor masculine, classiqueb belle / appelles / d’elle féminine, non classiqueb toujours / d’amour / jours masculine, non classiqueb venues / nues féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.6· écart moyen à la rime classique 1.9

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

49 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jeux rustiques et divins, Mercure de France, Paris, 1897· numérisation poesies.net· Sources