Premiers poèmes, 1885‑1890· Sonnets 1888-1890
V. « De quelque antique terre où naissent de tes pas »
De quelque antique terre où naissent de tes pasLes fleurs mystérieuses que ta robe ploie,Il grimpe à tes seins nus des chimères de soieDont la griffe au pli raye un ancien lampas.
L’éclat de tes cheveux est d’un or qui n’est pas.L’augure d’un destin somptueux y flamboie,Et dans tes yeux menace l’éclat de ta joieUn présage contradictoire de trépas.
Toi de la terre née et d’où naissent les fleurs,L’aurore à qui tu ris est une face en pleurs,O rubis d’où s’ensanglantent tes pierreries !
Et la chimère prise à ta robe qu’elle orne,Montera quelque soir vers tes lèvres fleuriesY mordre ton destin offert à sa dent morne.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources