Premiers poèmes, 1885‑1890· Sonnets 1888-1890
IV. « Les lourds couchants d’Été succombent fleur à fleur »
Les lourds couchants d’Été succombent fleur à fleur,Et vers le fleuve grave et lent comme une annéeChoit l’ombre sans oiseaux de la forêt fanée,Et la lune est à peine un masque de pâleur.
Le vieil espoir d’aimer s’efface fleur à fleur,Et nous voici déjà plus tristes d’une année,Ombres lasses d’aller par la forêt fanéeOù l’un à l’autre fut un songe de pâleur
Pour avoir vu l’Été mourir, et comme luiLourds du regret des soirs où notre amour a luiEn prestiges de fleurs, d’étoiles et de fleuves,
Nous voilà, miroirs d’un même songe pâli,Emporter le regret d’être les âmes veuvesQue rend douces l’une à l’autre le double Oubli.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources