Premiers poèmes, 1885‑1890· Sonnets 1888-1890
II. « L’herbe est douce le long du fleuve, l’herbe est pâle »
L’herbe est douce le long du fleuve, l’herbe est pâleSur la grève déserte où chante le flot douxQue rasent des oiseaux et moirent des remousEntre des îles dont la berge en l’eau dévale.
Il séjourne en lagune une onde fluvialeParmi l’or qu’au couchant semblent les sables roux ;Ne suis-je pas tombé jadis sur les genouxEt n’est-ce pas mon sang dont la tache s’étale ?
Le soleil expiré pourpre l’eau taciturne ;Le vent souffle parmi les roseaux ; de quelle urneFiltre en mes doigts la poudre où triomphe le Temps ?
Le soir s’endort en du silence que déchire,Flèche ou vent ? un frisson perfide que j’entendsEt quelque Archer cruel debout dans l’ombre rire.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources