Premiers poèmes, 1885‑1890· Apaisement 1886
La demeure
Le sonore palais aux arcades antiquesReflétant leur courbure au courant des viviers,La demeure mystérieuse où vous viviez,Parmi les marbres blancs qui pavent les portiquesOuverts sur la campagne où le soleil étaleLes nappes d’or de son déluge de clarté,Est maintenant déserte et vous avez quittéA jamais la maison pacifique et natale…
Vous ne passerez plus dans le parc où s’écailleLe torse du Héros, ancêtre fabuleux,Par les sentiers bordés de buis méticuleuxVers la source qui sourd de la grotte en rocaille.
Le charme promené de vos altières grâcesManque au noble décor où sur les escaliersSe pavane l’orgueil des vieux paons familiers,Et votre accoudement aux rampes des terrasses ;Le développement de vos robes à traîneNe courbe plus les fleurs du gazon négligé…
Et, derrière la grille haute en fer forgé,Un passant eût suivi votre allure de reine ;Et j’eusse été celui qu’un rêve transitoireEmplissait du désir vague que vous vinssiezVers lui, dans l’apparat de vos atours princiers,Offrir leur luxe à son insolente victoire.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources