Premiers poèmes, 1885‑1890· Apaisement 1886
Insouciance
La barque glisse à la dérive.Le tendelet de couleur viveEst de soie écarlate et d’or,Et parmi les rayons obliquesLe rythme apaisant des musiquesS’affaiblit et le fleuve dort.
La chute pesante des ramesDans l’eau fait rejaillir des flammes ;On peut suivre à ses clairs rubisLa trace lente du sillage,Et sur un ton d’enfantillageS’échangent rires et babils.
Et pourtant le fleuve déboucheDans la mer perfide et farouche,Prochain tombeau du soleil mort…Et parfois une femme casseEt cueille quand la barque passeUn des lys qui croissent au bord.
L’heure est si douce que l’eau sembleS’arrêter — seul un roseau tremble —Et là-bas on entend l’appelQue jettent dans le grand silence,A l’abri de la petite anse,Les Nymphes roses de Coypel.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources