Premiers poèmes, 1885‑1890· Apaisement 1886
Le sanglier
Genius loci.
A ce vieux coin du parc étrangeAu sol noir et trempé de fangeOù le pied posé marquerait,Des arbres serrés côte à côte,De grands arbres à cime haute,Donnent un aspect de forêt ;
C’est sauvage et mélancolique :Parfois un tronc noueux obliqueComme à demi déraciné…Une branche remue et craqueEt tombe droit en une flaque,Dormant dans le sol raviné,
Et sur le fond clair et sans tacheD’un ciel froid d’hiver se détacheLe fouillis sec, grêle et distinctDes branches où la sève est morteC’est d’une netteté d’eau-forteAu trait accusant et certain.
Et, dans la boue, à ras de terre,Un vieux sanglier solitaireDont le bronze humide a foncéDe la couleur des vieilles souchesA des hérissements farouchesSur son piédestal enfoncé.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources