Premiers poèmes, 1885‑1890· Apaisement 1886
Heures marines
Les dolentes cités où longtemps nous vécûmesOnt lentement décru sur l’horizon fermé ;Un arôme salin emplit l’air embaumé ;Là-bas, dans l’éclaircie où s’écartent les brumes,C’est la mer que fleurit la blancheur des écumes.
La vague fait danser les barques amarréesPar des cables gluants où suinte le goudron ;Jusqu’à la plage où des filets sèchent en rondVient l’échelonnement des villas bigarréesQue dorlote le flux incessant des marées.
La plage s’agrandit sous la mer qui recule ;Des pointes de rochers surgissent hors des flots ;Le retour des pêcheurs fait luire les falots ;Un souffle languissant se lève, qui circuleA travers la chaleur tiède du crépuscule.
Dans la nuit sonne un bruit de lointaines enclumes ;C’est la mer basse qui gémit son chant puissant ;Et voici le sommeil qui vient, assoupissantLes souvenirs cuisants et chargés d’amertumesDes dolentes cités où longtemps nous vécûmes.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources