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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Premiers poèmes, 1885‑1890· Épisodes 1888· Lux

Lux

Henri de Régnier· 44 vers

C’était l’aube d’un jour de gaîtés et de rondesEn la clarté rieuse et rose des MatinsOù le Printemps s’échappe à ses exils lointainsPour d’un rire éveiller le sommeil des vieux mondes ;

C’était l’aube d’un jour de joie et d’allégresseDans l’azur rajeuni de l’Orient charmé,C’était l’effeuillement des couronnes de Mai,La moisson douce et la vendange sans ivresse,

De simples fleurs que se paraient les cheveluresEt non plus de l’orgueil d’un pampre rougissant,Ce n’était pas l’orgie équivoque et le sangDes grappes ni sa pourpre chaude et leurs souillures ;

La fraîcheur nuptiale et claire-des roséesMouillait seule les doigts et perlait seule aux mainsDes vierges qui passaient, blanches par les cheminsDans le silence des campagnes reposées.

Il s’en venait parfois sur les brises chargéesDe parfums l’éclat pallié d’un rire pur,Et tout là-bas la mer infinie et d’azurProlongeait l’horizon des plaines étagées ;

Le doux vent qui poussait les lames sur les grèvesEn lents écroulements d’écume au sable clairApportait d’un pays autre de par la MerLe vol transmigrateur des Espoirs et des Rêves ;

C’était comme le souffle d’un Dieu qui délivre !Et l’attrait rayonnant de cette nouveautéRajeunissait l’enchantement et la beautéDe la vie et donnait de fous désirs de vivre…

Voici le Temple enguirlandé du seuil au faîte ;Le marbre blanc scintille et rayonne aux frontons.Voici la porte ouverte et le parvis. MontonsL’escalier incrusté jonché de fleurs de fête.

Autour du toit un vol de colombes fidèlesTourne et s’abat épars parmi l’azur profondDu ciel, et c’est ainsi que viennent et s’en vontLes heures s’envolant avec un frisson d’ailes ;

En cortège vers l’ombre et l’abri des ramuresLes couples vont rêver leurs rêves préférés,Et des oiseaux goulus piquent les grains pourprésDes muscats grappelés et des grenades mûres,

Le soleil qui ruisselle inonde les porphyres,Les plaines et les bois et la mer sont de l’or !Là-bas, dans la forêt massive qui s’endort,Passe l’appel lointain des Odes et des Rires.

44 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources