Premiers poèmes, 1885‑1890· Apaisement 1886
Mensonge
J’évoquerai pour vous le mensonge des fablesOù rit l’émoi naïf des aveux enfantins,Et la sonorité des rires ineffablesVibrant dans la clarté rose des gais matins ;
La fuite chère et douce aux couples idylliquesÉpris du même rêve et des mêmes espoirs,Vers les collines où vont les sentiers obliques,Dans la pourpre divine et mourante des soirs ;
Je vous dirai qu’il est des heures enivrantes,Des plénitudes d’âme et des élans vainqueursEt des courants secrets d’affinités errantesUnissant à jamais les lèvres et les cœurs.
Je vous peindrai la vie hospitalière -et tendre,Comme je la voudrais et comme elle n’est pas ;Je cueillerai des fleurs d’avril pour les répandreSur la route odorante où marcheront vos pas,
Et, sachant ce qu’on souffre et les larmes qu’on pleureAu démenti brutal de la réalité,Je vous prolongerai l’illusion de l’heureOù vous croyez aux rêves d’or qui m’ont quitté.
Je mentirai, pour qu’en vos yeux je voie écloreL’ignorance naïve et sauve du périlEt que sur vos lèvres d’enfant je puisse encoreBaiser la courbe du sourire puéril.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources