Premiers poèmes, 1885‑1890· Apaisement 1886
Pardon
La grêle meurtrière a flagellé la vigneOù la grappe se meurt qui ne doit pas mûrir,Et je vois le bassin desséché se tarirEt sa vase souiller l’aile blanche du cygne ;
Et désespérément en moi je sens mourirLa révolte et l’orgueil du rêve qui s’indigneD’être déçu toujours et mon cœur se résigneA ne pas espérer pour ne pas trop souffrir ;
Car je sais que ta voix même qui me rassureSera pareille au jour de trahison future…Et voici mon pardon qui d’avance t’absout ;
Qu’importe si la coupe où je bois est d’argile,Prends donc ce cœur qui sait que tout espoir est fou,Qui pardonne au fragile amour d’être fragile.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources