Premiers poèmes, 1885‑1890· Apaisement 1886
Sonnet tombal
Elle dort maintenant sous la pierre tombale.Les printemps chasseront les hivers. Les ciels gris,Ensoleillés, verront l’éveil des champs fleuris,Et quels regrets viendront s’effeuiller sur la dalle ?
Pourquoi se rebeller contre la mort loyale ?Nous devrions contre elle être mieux aguerrisN’avons-nous pas été dès l’enfance nourrisDans l’attente du spectre inéluctable et pâle ?
Nous avons vu souvent, parmi l’herbe qui croîtPlus épaisse et plus drue en ce funèbre endroit,Le pavage inégal des tombes accotées ;
Mais devant cette mort où planera l’oubliEt ce néant final de l’être enseveliJe n’ai pu retenir mes larmes révoltées.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources