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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Premiers poèmes, 1885‑1890· Épisodes 1888· Sponsalia

Sponsalia

Henri de Régnier· 46 vers

Sur la fête d’un soir d’aromates et d’AngesPorteurs de glaives d’or et de robes étrangesQui flottent sur le ciel étoilant leurs lents plisMouillés par la rosée abondante des lisPar qui s’embaume le silence des vallées,Souffle l’aile d’un vol de plumes étalées…

Ce songe d’âme triste et lasse de la chairDes corps charmants et des lèvres, par qui l’éclairIngénu du baiser propage ses délices,Et de l’adieu fatal des blondes BérénicesDont les charmes sont les sourires enfantinsEt leurs parures de joyaux et leurs yeux teintsDu fard de quelque mode invincible et barbareMais dont toujours la Loi cruelle nous sépare !Ce songe d’une Fête vague dans un soirEmpli d’ailes mouvant des parfums d’encensoirEt d’Anges blancs, porteurs de palmes et d’épées,Droits en l’étoilement de leurs robes drapées,En ce cri d’Hosannah s’achève pour jamais…

L’écho vibre de tes paroles et tu metsEntre mes mains tes mains à qui nul ne résistePour qu’à tes doigts l’anneau d’argent où l’améthysteEnchâsse son éclat vespéral et fanéAtteste l’éternel amour qui s’est donnéA toi, l’Élue, en ce rite d’Épithalame,A toi qui veux de mon amour et sais mon âmeEt crois à ce serment qui pleure à tes genoux,Épris de l’or mystérieux des bandeaux rouxDe ton front parfumé d’un miel de chevelureOù-l’arôme des fleurs se mêle à la brûlureDes blonds soleils sombrés au delà de la Mer,Et de ta bouche lasse encor d’un sort amerDont l’emblème à tes pieds séjourne avec ton ombre…O soir à quel Destin ta fête nous dénombre !Les myrtes nuptiaux ont jonché les parvisEt l’ostensoir s’allume en diamants ravisAux trésors déterrés des Grottes prismatiques,Et sur le haut vitrail planent les vols mystiques,Courbant les lis frôlés du nu de leurs talons,Des Anges vêtus d’or, porteurs de glaives longsAu pommeau rehaussé par des perles bossuesEt de robes qu’un ciel d’Étoiles, aperçuesEn leurs scintillements de clartés et d’exilsEt leurs gouttes de feux palpitants et subtils,Par les trous dont le Temps a criblé les verrières,Constelle de points d’or et pique de lumières.

46 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources