Drames du peuple, 1885· Patrie
A un Poète allemand
POÈTE de la blonde‖ et rêveuse AllemagneOù vont les fiancés,‖ à travers la campagne,Voir se poser la lune‖ au cœur des lys fleuris,Toi qui, haussant ta lèvre‖ au clairon du prophèteEt couronnant ton luth‖ comme pour une fête,As prédit la ruine‖ et la mort de Paris,
Poète, tu dis vrai ;‖ le temps viendra sans douteOù la lueur qu'on suit‖ et la voix qu'on écoute.Le grand Paris ne sera plus ;Où du sable onduleux,‖ tacheté de broussaille.Recouvrira sans bruit‖ l'océan qui tressailleDans ce vivant flux et reflux.
Poète, tu dis vrai :‖ sur la Seine déserte,Le pluvier seul fendra‖ la flottante herbe verte,Pour atteindre l'insecte‖ à l'homme sur%-ivant.Nos flambeaux feront place‖ à l'ombre sous les astres ;Et, comme nos splendeurs,‖ s'en iront nos désastresDans l'éclat du soleil‖ et la plainte du vent.
Mais en ces jours futurs‖ que l'inconnu dérobe,Si quelque nouveau peuple‖ existe sur le globe,Le grand peuple des jours meilleurs.Le peuple fait d'amour,‖ de lumière, de joie.Où nul ne sera plus‖ le bourreau ni la proie,Où tous seront les travailleurs ;
S'il vient jamais, le peuple libre,Le peuple beau, pur, fraternel.Dont l'harmonieux équilibreRayonnera comme le ciel.Et qui, sans combat ni victime,De gravir le progrès sublime,Infiniment, de cime en cime.Fera son bonheur éternel !
Les savants de ce peuple‖ iront par nos collines,Fouillant le sable triste‖ où gisent les ruinesDe la ville, jadis‖ colosse radieux.Et resteront muets‖ de pieuse surpriseDevant un arc de pierre,‖ un haut portail d'église,Un fronton par lequel‖ les grands hommes sont dieux.
Or, dans ce siècle-là,‖ ne crois pas, ô poète,Qu'une Europe sera‖ sans Paris, corps sans tête,Que les Allemands survivront.La Béotie est morte‖ en même temps qu'Athènes.Les rivaux d'à présent,‖ ombres alors lointaines.Au même linceul dormiront.
Et comme on aimera‖ l'idée et non le glaive,Paris, pour l'avenir‖ que pressentit son rêve,Paris, pour ses frissons‖ dont le monde fut plein.Pour son rugissement‖ contre les tyrannies.Rayonnera parmi‖ les poussières bénies…— Mais nul ne cherchera‖ la place où fut Berlin.
Versification
- Forme
- Sizains
- Rimes
- 7(aabccb) 1(ababcccb)
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (36 de 12, 14 de 8)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 7 sizains, 1 huitain
- Mots à la rime
- a Allemagne / campagne féminine, classiqueb fleuris / Paris masculine, classiquec prophète / fête féminine, classiquea doute / écoute féminine, classiqueb plus / reflux masculine, classiquec broussaille / tressaille féminine, classiquea déserte / verte féminine, classiqueb ivant / vent masculine, classiquec astres / désastres féminine, classiquea dérobe / globe féminine, classiqueb meilleurs / travailleurs masculine, classiquec joie / proie féminine, classiquea libre / équilibre féminine, classiqueb fraternel / ciel / éternel masculine, classiquec victime / sublime / cime féminine, classiquea collines / ruines féminine, classiqueb radieux / dieux masculine, classiquec surprise / d'église féminine, classiquea poète / tête féminine, classiqueb survivront / dormiront masculine, classiquec qu'Athènes / lointaines féminine, classiquea glaive / rêve féminine, classiqueb plein / Berlin masculine, classiquec tyrannies / bénies féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
50 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, ALPHONSE LEMERRE ÉDITEUR, 1897· numérisation archive.org· Sources