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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La chanson des gueux, 1881· Première partie Gueux des champs· Les plantes, les choses, les bêtes

IX. Tristesse des bêtes

Jean Richepin· distiques, alexandrins, 56 vers

Le soleil est tombé‖ derrière la forêt.Dans le ciel, qu’un couchant‖ rose et vert décorait,Brille encore un grenat‖ au faîte d’une branche.La lune, à l’opposé,‖ montre sa corne blanche.Vers les puits, dont l’eau coule‖ aux rigoles de bois,C’est l’heure où les barbets‖ avec de grands aboisFont, devant le berger‖ lourd sous sa gibecière,Se hâter les brebis‖ dans des flots de poussière.Les bêtes, les oiseaux‖ des champs, sont au repos.Seuls, le long du chemin,‖ compagnons des troupeaux,Sautant de motte en motte‖ après la mouche bleue,On entend pépier‖ les brusques hoche-queue.Puis ils s’en vont aussi.‖ La nuit de plus en plusMonte, noyant dans l’ombre‖ épaisse le talusOù les grillons plaintifs‖ chantent leur bucoliqueEn couplets alternés‖ d’un ton mélancolique.Sous la brise du soir‖ les herbes, les buissons,Palpitent, secoués‖ de douloureux frissons,Et semblent chuchoter‖ de noires confidences.À ce ronron lugubre‖ accordant ses cadences,Le vieux berger, qui souffle‖ en ses pipeaux faussés,Fait pâmer les crapauds‖ râlant dans les fossés.Or, le bélier pensif‖ baisse plus bas ses cornes ;Les brebis, se serrant,‖ ouvrent de grands yeux mornes ;Et les chiens en hurlant‖ s’arrêtent pour s’asseoir.

Oh ! vous avez raison‖ d’être tristes, le soir !Elle a raison, berger,‖ ta chanson monotoneQui pleure. Il a raison,‖ l’animal qui s’étonneDe l’ombre épouvantable‖ et de la nuit sans fond.Hélas ! l’ombre et la nuit,‖ sait-on ce qu’elles font ?Sait-on quel œil vous guette‖ et quel bras vous menaceDans cette chose noire ?‖ Ah ! la nuit ! C’est la nasseQue la Mort tous les soirs‖ tend par où nous passons,Et qui tous les matins‖ est pleine de poissons.

Vive le bon soleil !‖ Sa lumière est sacrée.Vive le clair soleil !‖ Car c’est lui seul qui crée.C’est lui qui verse l’or‖ au calice des fleurs,Et fait les diamants‖ de la rosée en pleurs ;C’est lui qui donne à mars‖ ses bourgeons d’émeraude,À mai son frais parfum‖ qui par les brises rôde,À juin son souffle ardent‖ qui chante dans les blés,À l’automne jauni‖ ses cieux roux et troublés ;C’est lui qui pour chauffer‖ nos corps froids en décembreUnit au bois flambant‖ les vins de pourpre et d’ambre ;C’est lui l’ami magique‖ au sourire enchantéQui rend la joie à ceux‖ qui pleurent, la santéAux malades ; c’est lui,‖ vainqueur des défaillances,Qui nourrit les espoirs,‖ ranime les vaillances ;C’est lui qui met du sang‖ dans nos veines ; c’est luiQui dans les yeux charmants‖ des femmes dort et luit ;C’est lui qui de ses feux‖ par l’amour nous enivre ;Et quand il n’est pas là,‖ j’ai peur de ne plus vivre.

Vous comprenez cela,‖ vous, bêtes, n’est-ce pas ?Puisque, le soir venu,‖ ralentissant le pas,Dans votre âme, par l’homme‖ oublieux abolie,Vous sentez je ne sais‖ quelle mélancolie.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
28((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a forêt / décorait masculine, classiqueb branche / blanche féminine, classiquec bois / abois masculine, classiqued gibecière / poussière féminine, classiquee repos / troupeaux masculine, classiquef bleue / hoche-queue féminine, classiqueg plus / talus masculine, classiqueh bucolique / mélancolique féminine, classiquei buissons / frissons masculine, classiquej confidences / cadences féminine, classiquek faussés / fossés masculine, classiquel cornes / mornes féminine, classiquem s’asseoir / soir masculine, classiqueb monotone / s’étonne féminine, classiquec fond / font masculine, classiqued menace / nasse féminine, classiquee passons / poissons masculine, classiquea sacrée / crée féminine, classiqueb fleurs / pleurs masculine, classiquec d’émeraude / rôde féminine, classiqued blés / troublés masculine, classiquee décembre / d’ambre féminine, classiquef enchanté / santé masculine, classiqueg défaillances / vaillances féminine, classiqueh lui / luit masculine, non classiquei enivre / vivre féminine, classiquea pas masculine, classiqueb abolie / mélancolie féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.8· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La chanson des gueux, Paris, Maurice Dreyfous, éditeur, 1881· numérisation ebooksgratuits.com· Sources