La mer, 1894· Les grandes chansons· VII La gloire de l’eau
« Hélas ! nous aurions beau dans cet hymne superbe »
Hélas ! nous aurions beau‖ dans cet hymne superbeAllumer tous les feux‖ des diamants du verbe,Y brûler tout l’encens‖ de tous ses encensoirs,Y prodiguer les fleurs‖ des matins et des soirs,Y mêler tous les bruits‖ avec tous les murmures,Depuis les sons furtifs‖ glissant sous les ramuresQui se content tout bas‖ des contes divaguants,Jusqu’aux rugissements‖ rauques des ouragans,Y faire s’envoler‖ sur l’aile du vocableL’ode expliquant dans un‖ éclair l’inexplicable,Y fondre en symphonie‖ aux magiques accordsTous les soupirs de l’âme‖ et tous les cris du corps,Tout ce qui vibre enfin,‖ et palpite, et s’exprimeAux incantations‖ du rhythme et de la rime,Ô mer, nous aurions beau‖ de cet hymne savantEnfler l’orchestre avec‖ tous les cuivres du vent,Les cors des brises, les‖ buccins aquilonaires,Et les tambours et les‖ cymbales des tonnerres,Et les hautbois des bois,‖ les flûtes des vallons,Les harpes de l’espace,‖ et tous les violonsQu’un invisible archet‖ fait pleurer sur les grèves,Ô mer, nous aurions beau‖ dans le plus fou des rêvesAvec tout le possible‖ et l’impossible aussiEssayer à pleins cœurs‖ de te chanter ainsi,Ô mer, mer, tout cela‖ ne dirait pas encoreNi ta grandeur, ni la‖ grâce qui la décore,Ni cette majesté‖ qui nous jette à genoux.Ni tes bontés sans fin‖ qui fleurissent en nous.Oh ! que chacun plutôt‖ te chante en son langageEt t’offre à sa façon‖ ses vœux dont l’humble gageTémoigne seulement‖ de sa sincérité !Aucun de tes enfants‖ n’aura démérité,Quelle que soit sa voix‖ obscure et vagissante,Pourvu qu’au plus profond‖ de lui-même il te sente,Et pourvu qu’il le dise,‖ homme, simple animal,Même plante, mais qu’il‖ le dise, bien ou mal.Pour moi, mettant ici‖ tout ce que j’ai pu mettre,Domptant l’âpre science‖ aux souplesses du mètre,Laissant sonner aussi‖ la lyre en liberté,L’amour que je te dois,‖ ô mer, je l’ai chantéAvec toute ma force‖ et ma reconnaissance,J’ai chanté tes beaux flancs‖ où nous prîmes naissance,Tes flancs toujours féconds‖ et la gloire de l’eau,Et, près de pendre sur‖ ton autel ce tableauEn ex-voto pieux‖ prouvant ma foi fervente,Si mon indignité‖ devant toi m’épouvante,J’ai pour rendre la paix‖ à mon cœur anxieuxLa consolation‖ d’avoir fait de mon mieuxEt d’avoir mis ma lèvre‖ en m’abîmant en elleAux seins inépuisés‖ de l’Isis éternelle.
Versification
- Forme
- 1 distiques (distiques)
- Rimes
- 25((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6−6
- Strophes
- 1 distiques
- Mots à la rime
- a superbe / verbe féminine, classiqueb encensoirs / soirs masculine, classiquec murmures / ramures féminine, classiqued divaguants / ouragans masculine, classiquee vocable / l’inexplicable féminine, classiquef accords / corps masculine, classiqueg s’exprime / rime féminine, classiqueh savant / vent masculine, classiquei aquilonaires / tonnerres féminine, classiquej vallons / violons masculine, classiquek grèves / rêves féminine, classiquel aussi / ainsi masculine, classiquem encore / décore féminine, classiquen genoux / nous masculine, classiqueo langage / gage féminine, classiquep sincérité / démérité masculine, classiqueq vagissante / sente féminine, classiquer animal / mal masculine, classiques mettre / mètre féminine, classiquet liberté / chanté masculine, classiqueu reconnaissance / naissance féminine, classiquev l’eau / tableau masculine, classiquew fervente / m’épouvante féminine, classiquex anxieux / mieux masculine, classiquey elle / éternelle féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.6· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
50 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La mer, Paris, Charpentier et Fasquelle, 1894· numérisation wikisource.org· Sources