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un seul est le mot juste.

La mer, 1894· Les grandes chansons· VII La gloire de l’eau

« Oui, chantons la mer chérie »

Jean Richepin· 13 sizains, heptasyllabes, 78 vers

Oui, chantons la mer chérie,Chantons tous notre patrie,Notre nid, notre grenier !Chantons d’un chœur unanime,Tous, jusqu’à l’être anonyme,Tous, du premier au dernier !

Car tous nous avons pour elleLa tendresse naturellePar laquelle obstinémentVers celle où l’on prit naissanceVa notre reconnaissanceComme le fer à l’aimant.

Tous, une habitude douce,Un obscur instinct, nous pousseÀ ne jamais oublierQu’avant de voir la lumièreNous eûmes son eau premièrePour élément familier.

Des réminiscences vaguesDu temps passé sous ses vaguesVient le goût universelDe toutes les créaturesPour mêler à leurs pâturesCette âme des flots, le sel.

C’est par atavisme encoreQue dans l’œuf, où s’édulcoreLe mucus, tous les têtards,Tous, et même aussi le nôtre,Revivent l’un après l’autreLeurs liquides avatars.

Dans le sein de notre mère,Chaque passage éphémèreOù, fœtus, nous nous formonsReprésente un des passagesQue connut aux anciens âgesNotre être dans les limons.

Ainsi tous, tant que nous sommes,Les bêtes comme les hommesNous rendons à notre insuInconscient témoignageAux sources de ce lignageQui de la mer est issu.

Chantons donc la mer chérie,Chantons tous notre patrie,Notre nid, notre grenier !Chantons d’un chœur unanime,Tous, jusqu’à l’être anonyme,Tous, du premier au dernier !

Tous, tous, à la mère antiqueChantons un pieux cantique !Chantons l’hymne de nos FoisÀ l’aïeule vénéréeQui nous créa, qui nous créeAujourd’hui comme autrefois.

Qu’en cet hymne d’harmonieSaintement soit réuniePour baiser ses cheveux blancsToute sa famille en fête,Tous ceux dont la chair est faiteDe la sueur de ses flancs !

Tous, les oiseaux de l’espace,La colombe et le rapace,Les ruminants aux grands yeux,Toutes les races mêlées,Les chanteurs, lyres ailées,Les poissons silencieux.

Les reptiles nus et chauves,Les moutons bêlants, les fauvesDont le cuivre retentit,L’éléphant et la phalène,Tous, tous, tous, de la baleineÀ l’infiniment petit !

Tous, tous, tous, qu’ils chantent celleD’où leur vie à tous ruisselle,Et dans ce chœur d’animaux,Grand Magnificat physique,Que leurs cris soient la musiqueDont l’homme écrira les mots !

Versification

Forme
13 sizains (sizains)
Rimes
13(aabccb)
Mètre
Heptasyllabes
Strophes
13 sizains
Mots à la rime
a chérie / patrie féminine, classiqueb grenier / dernier masculine, classiquec unanime / anonyme féminine, classiquea elle / naturelle féminine, classiqueb obstinément / l’aimant masculine, classiquec naissance / reconnaissance féminine, classiquea douce / pousse féminine, classiqueb oublier / familier masculine, classiquec lumière / première féminine, classiquea vagues féminine, classiqueb universel / sel masculine, classiquec créatures / pâtures féminine, classiquea encore / s’édulcore féminine, classiqueb têtards / avatars masculine, classiquec nôtre / l’autre féminine, classiquea mère / éphémère féminine, classiqueb formons / limons masculine, classiquec passages / âges féminine, classiquea sommes / hommes féminine, classiqueb insu / issu masculine, classiquec témoignage / lignage féminine, classiquea antique / cantique féminine, classiqueb Fois / autrefois masculine, classiquec vénérée / crée féminine, classiquea d’harmonie / réunie féminine, classiqueb blancs / flancs masculine, classiquec fête / faite féminine, classiquea l’espace / rapace féminine, classiqueb yeux / silencieux masculine, classiquec mêlées / ailées féminine, classiquea chauves / fauves féminine, classiqueb retentit / petit masculine, classiquec phalène / baleine féminine, classiquea celle / ruisselle féminine, classiqueb d’animaux / mots masculine, classiquec physique / musique féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.1· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

78 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La mer, Paris, Charpentier et Fasquelle, 1894· numérisation wikisource.org· Sources