Le chemin de l’oubli, 1904
Bonheur tendre
CE soir, mon bonheur veille en moi, comme une flammeDans la chambre de deux amants.Une jeunesse neuve a repeuplé mon âmeDe rêves et d’enchantements.
Je suis seul, mais pour moi la nuit n’est pas déserte :Je t’imagine, je te voisAnimer le silence et la pénombre inerteDe ta présence et de ta voix.
Des mots que tu m’as dits, plus tendre, un mot se lèveUn à un, j’aime à les choisir ;Je les reprends selon mon espoir et mon rêve.Je les nuance à mon désir.
Je ne me souviens plus que j’étais las de croire,Que mon cœur s’était refermé ;Je n’ai plus de passé, je n’ai plus de mémoireQue du jour où tu m’as aimé.
Sur ma vie, à jamais, tu brilles la première…Et, qu’importe s’il doit finir ?Ce soir, mon bonheur veille en moi, d’une lumièreQui m’éclaire tout l’avenir.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources