Le chemin de l’oubli, 1904
Complainte
CE n’est pas toi que je regrette,C’est le rêve par toi déçu,Mon cœur jeune et la foi secrète,Que je gardais à mon insu.
Je ne t’en veux pas ; je devine…Ton désir vain s’est effeuillé…Je t’ai faite en moi trop divine.Je me suis trop agenouillé.
Tu n’étais qu’une pauvre femme.Je te croyais naïvementEndormie au fond de ton âme,Comme la Belle au bois dormant.
Et je me disais que sans douteJe te réveillerais, un jour,Neuve comme autrefois et touteRessuscitée à mon amour…
Mais c’est en vain que je t’apporteL’espoir d’un suprême printemps :La Belle au bois dormant est morte,Elle avait dormi trop longtemps…
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources