Le chemin de l’oubli, 1904
Délivrance
QUAND Je me ressouviens de nous, de ces deux ans,De nos désirs, toujours l’un à l’autre présents.De cette infatigable et jalouse tendresse,Si vaine en ses transports, si lourde en sa détresse,Qui nous faisait amants, complices, — tour à tour.Victimes et bourreaux de misère et d’amour ; —Maintenant que mon cœur t’échappe et se délivre,Que l’espoir d’oublier et le charme de vivre,Brusquement, au seuil clair de la sombre prison,M’ont rajeuni d’air pur et de large horizon,Tout ce bonheur soudain m’enivre, où ne persisteDu stérile passé qu’un grand reproche triste :L’avenir se repeuple, à retrouver en moi,Libre de sa pensée et libre en son émoi,Toute meurtrie encor, mais déjà consolée,Mon âme, si longtemps esclave et violée.,.Est-ce donc bien fini ?… Se peut-il, cœur amer,due toute l’eau fangeuse ait coulé vers la mer ?
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources