Le chemin de l’oubli, 1904
Été
J’ai tant de rêve au cœur en ce matin joyeuxdue la petite chambre en est tout agrandie :Un horizon de plaine immense est dans mes yeux,Et ma pensée est comme une abeille étourdie.
Elle va, vient, se pose à peine, s’enivrantElle-même du vol insensé qui l’emporte…Premier soleil d’été, qui trouble et qui surprend,Comme vous m’emplissez d’une langueur trop forte !
Dès l’aube et jusqu’au soir je vous sens m’épuiserDe vos caresses d’or qui donnent le vertige ;Mon désir me consume, et, sous votre baiser,Je suis comme les fleurs qui brûlent sur leur tige.
Premier soleil d’été, puissant comme l’amour,En mon cœur enflammé, vous êtes son complice :Sans trêve et sans pitié, comme lui, tour à tour,Vous êtes un tourment, vous êtes un délice.
Je ferme en vain mes yeux blessés par vos ardeursVous me suivez dans l’ombre où je me réfugie,Et je sens m’enivrer, plus lourdes, les odeurs ;Le bruit est plus sonore en mon âme élargie.
Des souvenirs fiévreux naissent de mon émoi.J’accueille avidement leur présence irritante.Et, jusqu’au soir lointain, tout multiplie en moiUne fatigue où veille une éternelle attente.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources