Le chemin de l’oubli, 1904
Trop tard
TOUT à l’heure, pendant qu’assis auprès de vousJe vous parlais, tout bas, de mes tristesses vagues.J’ai senti que j’étais jalouxDe voir vos yeux pensifs s’attacher à vos bagues.
Je ne vous aime pas ; nous sommes des amis ;Notre double passé nous garde l’un de l’autre,Et c’est avec des mots permisQue ma peine parfois a pitié de la vôtre.
Nous n’avons pas besoin de nous interroger ;Nous avons poursuivi longtemps, sans nous connaître,Le même rêve mensonger,Qui, rêvé par tous deux, n’eût pas menti peut-être.
Et, tandis que vos yeux, où meurt la fin du jour,Se souviennent, je sens un peu de jalousie,Et je songe à l’unique amourQui remplirait mon cœur s’il vous avait choisie…
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources