Le chemin de l’oubli, 1904
Intérieur
Nous sommes là, parmi les meubles d’autrefois.La même vieille horloge en son cadre de bois,Qui depuis si longtemps nous a compté les heuresEt qui nous a suivis dans toutes nos demeures,Vient mêler son tic tac aux mots que nous disons.Les mêmes vieux chenets, qu’ont noircis les tisons,Portent, comme jadis, par ce temps froid d’automne,Sur un lit de sarments la bûche qui chantonne.Voici le garde-feu de cuivre étincelant ;Le buffet lustré luit dans l’ombre, recelantTout son frêle trésor de reliques amies :La porcelaine fine aux lueurs endormies.Les théières d’argent, les verres de cristal,Qu’émeut parfois le bruit d’un roulement brutal.La lampe d’autrefois, fidèle, nous éclaireDe sa même clarté discrète et circulaireQui n’effleure qu’à peine, obscurément, nos yeux..Et nous nous sourions, parfois, silencieux,Contents de retrouver notre âme libre et francheAlentour de la table et de la nappe blanche.Et de sentir en nous revivre, en même temps.Les mêmes souvenirs, vieux de plus de vingt ans.
22 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources