Le chemin de l’oubli, 1904
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C’est en vain que mes yeux avaient cru l’oublier :Comme je te retrouve, horizon familier !Comme vous accourez, le long du train qui passe,Arbres, vergers, maisons, fermes à porte basse,Et comme je vois tout d’un rapide regard !Je reconnais le puits, la grange, le hangar.De brusques souvenirs m’émeuvent, au passage,A voir se dérouler tout ce clair paysageDe vignes et de prés aux pentes des coteaux.Je me redis les noms de tous ces vieux châteauxDont les murs ont des fleurs dans leurs pierres disjointes.Par moments, des clochers, au loin, dressent leurs pointesEt je me nomme aussi leurs villages cachés.Puis, tout près, un champ passe avec des bœufs couchés,Puis un autre, où des gens sont courbés vers la terre.Des saules argentés, qu’un ruisseau désaltère,Suivent son eau tranquille et frissonnent au vent…Comme tout m’apparaît immuable et vivant !Je m’étonne de voir, çà et là, dans les branches,La couleur de maisons trop rouges et trop blanches,Dont l’aspect imprévu meurtrit presque mes yeux.Mais le reste est pareil : la nuance des cieux,Cet azur éclatant et brumeux tout ensemble,L’eau du fleuve, là-bas, qui miroite et qui trembleEt dont la fuite tourne au pied des monts, bleuisPar ce matin d’automne où je rentre au pays.
26 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources