Le chemin de l’oubli, 1904
La Chanson de l’Amour
SOURIEZ-VOUS, les beaux Amants !Pourquoi vous fuir ?… O cœurs déjà complices, !Pourquoi retarder les délicesDe vos premiers enchantements ?
Souriez-vous, les beaux Amants !
Vous n’échapperez pas au baiser qui vous tente ;Il sera seulement plus grave après l’attente :A quoi bon détourner vos bouches et vos yeux ?Hâtez-vous d’endormir, d’un corps insoucieux.Tous les scrupules vains de votre âme hésitante..
Adorez-vous, les beaux Amants !Pourquoi tarder ?… D’un cœur toujours plus ivre,Épuisez l’extase de vivreTous les bonheurs, tous les tourments !
Adorez-vous, les beaux Amants !
Vous n’échapperez pas aux mornes lassitudesQui de vos cœurs taris feront deux solitudes ;Un jour même vos corps seront deux étrangers :A quoi bon vous unir de serments passagers ?Faites-vous un trésor de brèves gratitudes…
Oubliez-vous, les beaux Amants !Pourquoi pleurer ?… Votre amour n’est plus vôtre ;Vous songez aux bras l’un de l’autreA de nouveaux enlacements…
25 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources