Le chemin de l’oubli, 1904
Recommencements
TRISTESSE d’avoir cru que l’amour peut changerUne âme et faire un cœur grave d’un cœur léger,Suis-je donc né pour t’éprouver sans cesse ?Et, chaque fois crédule aux serments des aveux,Serai-je donc toujours la dupe de mes vœux ?Ne puis-je, hélas ! oublier sans tristesse ?
Pourtant, je les connais, ces mornes fins d’amour,Ces reprises d’espoir et d’adieu, tour à tour,Cette agonie atroce des ruptures,Toute cette rançon des bonheurs inconstantsQu’aux soirs de solitude il faut payer longtemps…Je les connais, ces misères futures !
Je sais qu’à la minute où mon cœur rassuréNe redoutera plus d’avoir trop espéréEt s’en voudrait de son inquiétude,La trahison viendra, d’un retour imprévu.Je me retrouverai fidèle et dépourvu,Plus accablé d’ombre et de lassitude.
De nouveau, je croirai tout perdre en te perdant,Passagère douceur d’un amour imprudent !Ma vie, au loin, sera déserte et nue.Et, demain comme hier, j’aimerai sans choisir,Tendre parce qu’un soir de hâte mon désirM’a mis au cœur la première venue.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources