Le chemin de l’oubli, 1904
Refrain
Un vague refrain se lamenteSans mots, dans mon âme, aujourd’hui.Et je sens que les bras de la plus douce amanteNe pourraient seulement que bercer mon ennui.
Mon œil traîne aux pages d’un livre ;Mais j’ignore ce que j’ai lu…Pour être heureux, sans doute, il faudrait vouloir vivreCe soir, mon chagrin même hésite, irrésolu.
Je ne sais pas si je suis triste ;Je reste immobile et distrait,En silence, à penser vaguement que j’existe…Ma vie est sans espoir comme elle est sans regret.
Au dehors, des bruits vont et viennent,En des roulements assourdis…Sans émoi, sans frissons, mes lèvres se souviennentDes longs baisers vivants qu’elles aimaient jadis.
Une indolence fatiguéePèse à mon front et sur mon cœur…Tant d’aveux m’ont meurtri de leur douceur trop gaie,Tant d’adieux m’ont laissé leur secrète rancœur !
Ma jeunesse est finie… Oh ! vais-je,Sur mon cœur vide et ruiné,Sentir enfin tomber la douceur de la neige.Comme sur un jardin d’automne abandonné ?
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources