Le chemin de l’oubli, 1904
Regards au loin
UN jour tu songeras à tout ce qui fut nous.Tu reverras, au loin, ma tendresse à genoux,Mes yeux levés sur toi, qui t’ont si bien connue,Mes mains, qui t’auront tout entière contenue,Mon épaule, où ta tète aimait à se poser ;Tu te rappelleras ma bouche et mon baiser,Et mon sourire triste, et des bonheurs, peut-être,Que tu ne savais pas avant de me connaître…Aux heures de vieillesse, où le présent n’est rien,On se recueille, on cherche en son cœur ancien ;On recommence à vivre un peu toute sa vie ;On se blottit, le soir, frissonnante et ravie,Dans ce nid du passé tendre et délicieux ;Des pleurs qu’on a coûtés vous remontent aux yeux..Tu pleureras, lointaine… Et, bien que pardonnée,Tu songeras dans l’ombre, aux déclins de journée,Qu’en donnant mieux ton cœur tu pouvais retenir,Fidèle, une présence au lieu d’un souvenir.
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources