Le chemin de l’oubli, 1904
Soir d’Automne
TOUT seul, depuis une heure, à ma fenêtre ouverte.Je regarde le jour s’éteindre dans l’eau verteDu fleuve, — de mon fleuve à moi, calme et puissant,Beau de tout mon pays qu’il reflète en passant.Le vent traîne un bruit doux de feuilles remuées.Le soleil rouge meurt, tout près, sur les nuéesQui montent des coteaux, comme pour l’accueillirMollement, chaque soir, quand il va défaillir.Je regarde le ciel, les coteaux, la campagneQui fleurit les deux bords du fleuve et l’accompagneDe village en village, au loin vers l’horizon.Le jour baisse… Il fait noir déjà dans la maison.Et la lampe s’allume aux fenêtres voisines.Le long du quai, des gens reviennent des usines,Muets, hâtant leurs pas qui sonnent lourdement,Et toute la fatigue et tout l’isolementDes rêves, des bonheurs, des tendresses passées,Malgré moi, de mon cœur, montent à mes pensées.
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources