Le plaisir des jours, 1914
Après l’Orage
IL a plu cette nuit… L’herbe et les fleurs mouilléesExhalent un plus doux parfum ;Mais le jardin jonché de roses effeuilléesA quelque chose de défunt.
C’est en vain qu’aujourd’hui le ciel entre les branchesEst frissonnant et radieux ;Le jeune été prendra d’éclatantes revanches…Pourtant mon cœur est plein d’adieux.
Je sais que le soleil, pétale pour pétale,Rendra tout à l’heure aux massifsCe qu’a brisé le vent, comme une main brutale. !.Pourtant mes regards sont pensifs.
Je ne me souviens pas, sans qu’un regret m’émeuve,Des fleurs où mes yeux* se sont plus :Sur la branche où déjà s’ouvre une rose neuveJe vois celles qui ne sont plus.
Et, par ce matin clair, brusquement je m’étonne,Devant le jardin nouveau-né,De me sentir le cœur qu’on a, les soirs d’automne,Dans un vieux parc abandonné !
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1914· numérisation gallica.bnf.fr· Sources