Le plaisir des jours, 1914
Notre Désir
MON désir ne sait pas vieillir,Et, le soir, quand je me rapproche.Tu prends parfois, pour m’accueillir,Comme un visage de reproche.
Ton corps, plus lent à frissonner,Dont les pudeurs sont des paresses,Redoute, avant de se donner,La fatigue de nos caresses.
Tu murmures, puis tu défends…Tu réclames ta solitude…Pour un rien, comme les enfants,Tu pleurerais de lassitude.
Mais je te parle, je te disDes mots que, d’abord, tu repousses…Puis, toi-même les enhardis…Dans l’ombre, nos deux voix sont douces.
Et puis, bientôt, tu ne dis rien…Tu t’abandonnes… Je devine…Ton cœur ne bat, comme le mien,Que pour la minute divine.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1914· numérisation gallica.bnf.fr· Sources