Le plaisir des jours, 1914
Automne
IL fait un jour doré, la feuille est verte encore ;Au verger, des fruits lourds achèvent de mûrir ;De rouges dahlias le jardin se décore,Et, si les roses sont plus lentes à fleurir,Aux grands marronniers ronds la feuille est verte encore.
L’été semblait vouloir, sur les coteaux frileux,Prolonger doucement ses dernières journées,Et nous nous promettions des soirs roses et bleus,De ces beaux soirs d’octobre aux nuances fanéesQui semblent s’effeuiller sur les coteaux frileux.
A peine si, parfois, quelque brume légère,Aux approches du soir traînant sur le gazon,Nous faisait mieux aimer comme une passagèreLa suprême beauté de l’arrière-saison…Ce n’était, un instant, qu’une brume légère.
Mais, brusquement, alors que l’on n’y pensait pas,Il est venu, c’est lui, l’impitoyable automne,Celui qui, d’ordinaire, approche pas à pasEt s’annonce, de loin, dans le vent qui chantonne…Il est venu, celui que l’on n’attendait pas :
Le jour clair s’est empli de soudaines rafales,Les arbres affolés dressent leurs bras tordus…Sur les chemins, jonchés de branches triomphalesQui lui font des tapis sous ses pieds étendus,Il accourt, précédé du clairon des rafales !…
Le paysage a l’air de fuir sur l’horizon ;Les oiseaux emportés semblent n’avoir plus d’ailes ;On l’attendait si peu qu’au toit de la maisonSa venue a surpris même les hirondelles,Qui ne le croyaient pas si proche à l’horizon.
C’est fini, cette année… Il a suffi d’une heurePour qu’en sa pleine force et qu’en pleine clarté,Au jardin défleuri, tout s’éparpille et meureDe ce qui fut hier les grâces de l’été…C’est fini des beaux jours… Il a suffi d’une heure…
Serrons-nous bien l’un contre l’autre, dès ce soir,Et réfugions-nous près de la cheminée…La nuit va tomber vite ; il fera noir, si noir,A partir de demain, que, toute la journée,Nous attendrons la lampe et le feu clair du soir.
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1914· numérisation gallica.bnf.fr· Sources