Le plaisir des jours, 1914
Qui sait ?
JE songe quelquefois que j’aurais pu t’aimerLa première, toi seule !… Et, rien qu’à te nommer,Je sens mon cœur saisi qui brusquement frissonne !Je ne me souviens plus de rien ni de personne.Jusque dans le passé, je suis à toi… Voilà…Je t’aime ! J’étais né seulement pour cela.Qu’importent les mots vains que j’ai pu dire à d’autres !Je n’ai compris leur sens que depuis qu’ils sont nôtres…Ne le regrette pas, ce temps qui s’est enfui :Mon cœur, alors, était moins jeune qu’aujourd’hui.Toi-même, je t’aurais peut-être méconnue :Tant de fiévreuse inquiétude est contenueEn notre âme, d’avance, et qu’il faut apaiser !…Je t’aurais ait du mal, en voulant épuiserCe besoin que j’avais de ma propre souffrance.Mes désirs avaient trop de fougue et d’ignorance.Trop d’ardeur à sourire au danger qui passait…Même toi, j’aurais pu te perdre, hélas !… Qui sait ?
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1914· numérisation gallica.bnf.fr· Sources