Le plaisir des jours, 1914
Clair de Lune
L’OMBRE est, ce soir, d’un bleu si clair, si transparent !…Viens, regarde : à nos pieds le jardin odorantQui nous met doucement sa fraîcheur au visageSemble au loin s’agrandir de tout le paysage.Cachant son disque d’or derrière la maisonQui se découpe en noir aux pentes du gazon,La pleine lune monte, invisible veilleuse…Quelle histoire d’amour naïve et merveilleuse,Quel désir assez pur pour s’ignorer encorSerait digne, ce soir, de ce pâle décorOù les choses du jour ont l’air d’être éternelles ?Quelles âmes vaudraient de refléter en elles,Comme dans l’eau profonde et calme d’un étang,Les bleus rayons du clair de lune qui s’étend ?Pas un souffle : rien qui frissonne ou qui s’effeuille ;L’immobile parfum des roses se recueilleEt les rameaux obscurs sont lourds d’oiseaux posés…Tout dort, même, en nos cœurs, le désir des baisers.
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1914· numérisation gallica.bnf.fr· Sources