Le plaisir des jours, 1914
La Lampe au Jardin
Nous dînons au jardin… La lampe autour de nousFait un cercle tremblant de lumière dorée :Je regarde, au-dessus de la nappe éclairée.Un papillon de nuit s’étourdir de vols fous.
L’air nous est embaumé par d’invisibles roses,Dont le vent nous apporte un pétale, parfois…Sur le fond ténébreux les visages sont roses,On sent du bonheur vrai dans la gaieté des voix.
Entre toutes, c’est l’heure exquise où rien ne pèse,Où le cœur rajeuni bat comme un cœur d’enfant…L’ombre est si fraîche au soir de ce jour étouffant,Et le sommeil prochain doucement nous apaise.
Sur la route sonore, au loin, s’en vont des pas…Il est tard, il fait sombre, et, soudain, il nous sembleComprendre mieux, tandis qu’ils se hâtent là-bas,Le charme d’être là, paisibles, tous ensemble.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1914· numérisation gallica.bnf.fr· Sources