Le plaisir des jours, 1914
Rêveuse
Tu ne dors pas… Tu te blottisDans la pénombre où je t’enlace,Mais tes yeux sont appesantis.Et, sur mon cœur, je te sens lasse.
Tu n’as pas le sourire ardentDes soirs de hâte et de folie :Entre mes bras ton corps prudent.Parfois, doucement, se délie.
Ce soir, ton amour a besoinNon d’étreintes impérieuses.Mais d’un vague murmure, au loin,Et d’approches mystérieuses.
Tu ne m’as rien dit, mais je sensQu’une parole trop précise,Que des espoirs trop caressantsMeurtriraient ton âme indécise.
Tu n’es que toi, tu n’es pas nous…Et tu rêves d’un soir très tendreOù je te dirais, à genoux,L’ancien bonheur de t’attendre.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1914· numérisation gallica.bnf.fr· Sources