Le plaisir des jours, 1914
Fleur défendue
APRÈS l’hiver noir et blanc.Voici le printemps vert et rose…Mais ta bouche fait semblantDe n’être pas encore éclose.
Tu souris, sans refuser ;Mais ton visage espiègle joueA n’offrir à mon baiserQue tes yeux moqueurs et ta joue.
Tu sembles céder, parfois ;Mais vite, avant que je la touche.L’écran preste de tes doigtsVient me séparer de ta bouche.
Est-ce pudeur ou dédain ?…Plutôt l’orgueil d’être — et c’est pire —La seule fleur du jardinQui défende qu’on la respire.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1914· numérisation gallica.bnf.fr· Sources