Le plaisir des jours, 1914
Jeunes Mois, Vieux Émois
LES pruniers sont blancs, les pêchers sont roses,Et tes grands yeux clairs sont couleur du temps…Voici reparaître au miroir des chosesLe visage en fleur du jeune Printemps.
Toutes les maisons rouvrent leurs croisées…Lumière, douceur des premiers beaux jours !..Les petits enfants aux têtes friséesSont joufflus et ronds comme des Amours.
Les prés sont joyeux ; le saule des bergesÉtire vers l’eau ses rameaux tombants.Il fait bon s’asseoir au seuil des aubergesContre le mur tiède où sont les Vieux bancs.
Partout aux buissons sèchent des lessives…La saison est proche où, par les chemins,S’en iront, le soir, les filles pensivesSongeant à celui qui prendra leurs mains.
Tous les cœurs sont pleins de tendresses neuves,Et que de désirs passent ignorés,Quand le gai soleil aux robes des veuvesMet dans les plis noirs des reflets dorés !…
Nous qui nous aimons de toute notre âme,Nous le sentons bien qu’en ce bleu décor,Depuis ce matin, notre amour réclame,Même notre amour, plus d’amour encor !
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1914· numérisation gallica.bnf.fr· Sources