Le plaisir des jours, 1914
Silence
LAISSE, laisse, ne me dis rienEt continue à me sourire…Depuis longtemps, tu le sais bienQue mon visage te désire.
Du premier jour notre secretN’est fait que de notre silence…Mais combien il y transparaîtDe douceur et de violence !…
Chaque fois, tu lis dans mes yeuxUne adoration nouvelle…Les mots n’exprimeraient pas mieuxCe que mon regard te révèle.
Ne dis rien, ne me force pasA te convaincre, à me défendre…Pour te parler même tout bas,J’ai besoin que tu sois très tendre.
A quoi bon hâter notre aveu ?Qu’en moi-même encore il demeure.Chaque soir, tu m’es douce un peuPlus que la veille à la même heure.
Un jour proche, qui sait, demain,Si je sens qu’elle m’appartienne,Je me pencherai sur ta mainQue j’aurai prise dans la mienne.
Mais, ce jour, tu n’auras plus peur,Et, toute pâle, sans rien dire,En écoutant battre ton cœur,Tu continueras à sourire.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1914· numérisation gallica.bnf.fr· Sources