Le plaisir des jours, 1914
La Chaîne heureuse
MON bonheur, comme, chaque jour,Je retrouve d’un cœur paisibleTa douce présence invisible,Mon cher bonheur, mon cher amour !
Tu reviens dès que je m’éveille,Et je te sens presque en dormantUnir délicieusementLe lendemain avec la veille.
Non content de me rajeunir,A quelque heure que je le veuille,Ton sourire épars qui m’accueilleM’éclaire, au loin, tout l’avenir :
C’est toi qui sembles faire éclore,Dans les grands vases de cristal,Fraîches comme au jardin natal,Ces fleurs de printemps et d’aurore ;
Tu vas, tu viens, silencieux,La caresse de tes doigts rosesLaisse à jamais où tu les posesLe pouvoir d’enchanter mes yeux ;
Tu m’encourages quand je pencheMon front rêveur et fatigué,Et c’est par toi qu’un rayon gaiVient luire sur la page blanche.
Tu m’as pris mon cœur, tout mon cœur,Sans nul besoin que tu te paresD’attraits subtils, de plaisirs rares,Mon cher amour, mon cher bonheur !…
Et c’est pourquoi je voulais direComme je t’adore humblement…Mais on t’effraie en te nommant,Et je ne veux que te sourire.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1914· numérisation gallica.bnf.fr· Sources