Le plaisir des jours, 1914
Le Jardin grimpant
LE jardin est petit, de forme familière,Tout petit, mais il parait grand,Avec son pré de trèfle et ses tapis de lierreEt ses buissons de rosier franc.
Il grimpe alertement de terrasse en terrasse.Le long des pentes du coteau,Escaladant les murs pour y mettre la grâceD’un vert et frissonnant manteau.
Il n’a pas d’ifs taillés, de jets d’eau ni de marbres,Rien que des feuilles et des fleurs ;Mais, plus qu’ailleurs, le vent s’y parfume et ses arbresSont aimés des merles siffleurs.
C’est un petit jardin, mi-verger, mi-parterre,Bordé de buis et d’œillet blanc :Au milieu, la maison qu’ombrage avec mystèreUn vieux bouleau toujours tremblant ;
Des deux côtés, cachant la palissade grise,Un capricieux entrelacsD’arbustes où la fleur du chèvrefeuille friseDans les fusains et les lilas.
Cinq ou six châtaigniers touffus mêlent leurs branchesDont les rameaux enchevêtrésFont comme un coin de bois où durent les pervenchesEt les mille-pertuis dorés.
Et là-haut, tout en haut, pointant sa cime droiteQui se balance sans plier,Bruissant de feuillage argenté qui miroite,S’effile un svelte peuplier.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1914· numérisation gallica.bnf.fr· Sources