Le plaisir des jours, 1914
Le Regret
Au dehors, le plein soleil donneEt brûle autour de la maison ;Une chaude rumeur bourdonneDans l’herbe haute en floraison.
Une fine poussière griseMonte du sol dur qui se fend…Il fait un de ces jours sans briseOù le jardin est étouffant.
Jusque sous les branches obscuresQui s’entre-croisent en rideau,Le soleil darde ses piqûres,Et l’ombre même est un fardeau…
Mais la maison reste l’asileOù, par cet après-midi lent,Notre amour jusqu’au soir s’exileDans un bien-être somnolent
De la lumière impérieuseNous n’avons, nous, que les refletsEt la clarté mystérieuseQui passe aux fentes des volets.
Je te regarde sans rien dire,D’un long regard comme endormi,Et toi, tu fais semblant de lire,La paupière close à demi.
Nous ne dormons ni l’un ni l’autre :Nous nous souvenons en secret…Le même rêve qui fut nôtreLaisse en nous le même regret,
Et, parfois, tandis que pénètreL’odeur des grands œillets pourprés,Nous écoutons, par la fenêtre,Des enfants rire dans les prés.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1914· numérisation gallica.bnf.fr· Sources