Le plaisir des jours, 1914
Robe d’Été
CE long jour va passer sans que rien nous sépare ;Le jardin te parfume et le soleil te pare,Et ta robe est, là-bas, comme une grande fleur…Tu vas, tu viens, toute fraîche dans la chaleurQui fane autour de toi les roses trop ouvertes…Tu fais, à chaque pas, de brusques découvertesQue tu viens me conter avec des mots joyeux ..Tu rapportes un peu du ciel clair dans tes yeux,Et ton baiser, soudain, jusqu’à mon front se penche,Puis, de nouveau, je vois s’enfuir ta robe blanche…Comme tout est lointain qui n’est pas notre amour !Je sens si bien que la clarté de ce beau jourNe me fait tellement aimer le paysageQue parce qu’elle brille aussi sur ton visage…Tout mon bonheur est là, devant moi, près de moi,Fait d’un geste, d’un mot, d’un sourire de toi,Plus ardent tout à coup dès que tu te rapproches…Ma vie est sans regrets, mon cœur est sans reproches,Et je ne rêve rien que de rester ainsi,Tendre et grave, de jour en jour plus adouci,Libre enfin d’être heureux, sans hâtes et sans fièvres,Dans ce calme jardin où fleurissent tes lèvres.
22 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1914· numérisation gallica.bnf.fr· Sources