Le plaisir des jours, 1914
Le Vieux Rêve
OH ! puis l’amour n’est pas l’hôte des cœurs peureux !.,Nous avons décidé que nous serions heureux,Et, par ce clair matin qui rit à la fenêtre,Le rêve que nous avions fait sans nous connaître,Puisque toutes et tous l’ont fait au temps des nids,Le beau rêve lointain des premiers jours bénisOù la vie apparaît si facile et si droite,Le voici, devant nous, soudain, qui remiroite !…Et, sans un mot, ta main se glisse dans ma main…J’ai compris… Nous irons par le même chemin.Rien n’empêchera plus que tu ne m’appartiennes ;Moi, je ne cueillerai de lèvres que les tiennes,Les douces lèvres où fleurit, pour m’apaiser,Cette rose brûlante et fraîche, ton baiser…Nous irons tout le long du même paysage ;Et je ne verrai plus que ton même visagePlus nouveau chaque jour de m’être mieux connu…Parfois, le souvenir ardent de ton corps nuL’éclairera pour moi d’une brusque lumière,Et, tels qu’au soir fiévreux de l’étreinte première,Qu’embaumait dans la nuit l’odeur des orangers,Nous nous retrouverons comme deux étrangers,La tête et le cœur pleins de cette joie immenseDe sentir notre amour en nous qui recommence.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1914· numérisation gallica.bnf.fr· Sources