Le plaisir des jours, 1914
Petite Maison
LES arbres seraient verts de leur jeune feuillage ;Les vergers seraient blancs ; les premiers lilas mûrs,Tout le long des chemins, dépasseraient les murs.Nous irions jusqu’au soir de village en village.
Chaque pas nous ferait un changeant horizonQui mettrait dans nos yeux sa grâce inattendue ;Ta main me montrerait parfois, seule et perdueEn un pli de coteau, quelque vieille maison.
Toute petite, au loin, car notre rêve est sage, —Un jardin de curé l’égaierait alentour, —Elle aurait comme un air d’attendre notre amour,Et nous l’habiterions, un moment, au passage :
Nous nous verrions poussant, au matin, les voletsPour faire entrer soudain l’été bleu dans la chambre,Ou, pensifs, effeuillant les roses de septembre,A l’heure où l’ombre éteint les couchants violets…
Oh ! vivre ainsi nous deux, du printemps à l’automne,Les beaux mois du soleil et de la volupté,Jamais loin du grand lit naïvement sculptéQu’abriteraient du jour des rideaux de cretonne ! .
Respirer le parfum des fleurs, comme un encensQui, montant jusqu’à nous, ferait toute divineCette maison, là-bas, que notre amour devinePrête pour un bonheur envié des passants !
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1914· numérisation gallica.bnf.fr· Sources